Patagonie, Torres del Paine.

 

Quelques jours sont passées depuis notre dernier post je sais, mais nous sommes loin de toute civilisation ici en Patagonie et le wifi se fait très rare. Mais vous allez bientôt comprendre tout ça en image.

Aujourd’hui nous sommes le 18 janvier et je vous écris depuis Punta Arenas.  5 jours donc que nous sommes en Patagonie. Nous avions réservé un vol depuis Buenos Aires jusqu’à la ville d’El Calafate, via la célèbre Ushuaïa histoire de nous éviter un long trajet en bus dans la pampa Argentine (ce pays est quand même très grand et les heures de bus très longues d’un point à l’autre).

 

A l’arrivée, les paysages sont déjà surprenants à travers le hublot. Le sol est doré, il parait brûlé et se mélange à des tâches brunes, c’est la steppe, la vraie, elle s’étend à perte de vue et seul le ciel vient rompre cette ambiance au loin, sur le fil de l’horizon. Ce lieu est étonnant, on a l’impression d’atterrir sur une autre planète et la palette de couleurs regorge de tons pastels. Dernier coup d’œil au hublot, j’aperçois l’ombre noire de l’avion qui se détache sur le sol jaune, elle est comme ciselée avec précision par une lumière intense et vive, je me dis que je ne l’aurais pas mieux dessiné.

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L’aéroport est tout petit, c’est une oasis perdue au milieu de nulle part. Une fois débarqués, nous prenons nos bagages et allons récupérer notre bus qui nous emmènera à la ville d’ El Calafate à environ 20 kilomètres. A peine sortis de l’aéroport, un vent violent vient nous surprendre et nous fouetter le visage comme pour nous annoncer qu’ici, au bout du monde, la nature est une bête indomptable, seule maître des lieux. Nous sommes sur les terres les plus australes du globe juste avant le pôle sud : l’Antarctique.

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¨Extrême¨, c’est le mot que mon frère a employé en voyant nos premières photos. Extrême oui, tout à l’air ¨extrême¨ ici, le vent ne cesse de souffler, les steppes sont arides en été et inondées de boue l’hiver, les reliefs sont plats et doux mais font subitement placent à des pics abrupts et acérés. Il n’y a aucun arbre sur des centaines de kilomètres, aucune ombre à l’horizon, seule celle de ces magnifiques oiseaux géants, les condors. Extrême aussi comme cet soleil qui ne cesse de briller dans le ciel, ici le jour s’étend de 5h jusqu’à 23heures environ !  Vous l’avez compris, l’expérience ici nous promet encore une fois d’être unique et formidable. Au bout de 30 minutes, notre bus nous dépose devant notre ¨cabaña¨ de bois (prononcez : ¨cabagna¨) dans le petit village d’El Calafate. Nous sommes très fatigués, le décalage horaire énorme se fait toujours ressentir 5 jours après, 16h de jetlag c’est vraiment beaucoup !  Il a fallu se lever à 5h00 du matin pour attraper notre vol, nous luttons pour ne pas nous laisser tenter par une petite sieste. Il est 15h, les enfants traînent la patte mais il ne faut pas se poser sous peine de ne plus se réveiller avant le lendemain. Nous prenons notre courage à deux mains et décidons de partir à la recherche d’une location de voiture et autres informations diverses. Au bout d’une heure nous finissons par négocier un tarif de location acceptable, c’est-à-dire 800 € pour 12 jours ! Les prix sont exorbitants ici (tout est extrême, je vous l’avais dit…). La voiture est une pauvre Fiat Palio qui n’a pas de clim, pas de direction assistée, des portes arrière qui ferment mal et pour couronner le tout, le type me dit qu’elle a une fuite d’eau au radiateur et qu’il faut remettre de l’eau tous les 300 km dans le réservoir…¨Pero el coche funciona muy bien, si señor !¨ 😉  Pas le choix, c’est ça ou 1300 €, le second meilleur tarif de location que nous ayons trouvé sur une dizaine d’autres loueurs.

Le lendemain nous devons nous rendre à Puerto Natales à 4 heures de route d’ici, toujours en Patagonie, mais Chilienne cette fois-ci. Nous décidons de faire aussi quelques courses alimentaires au préalable car là où nous allons, tout est encore ….plus cher !

11h00 nous voilà partis pour Puerto Natales, le coffre rempli à ras bord avec les enfants coincés sur la banquette arrière, de part et d’autre des bagages. Notre route est incomparable à tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, nous nous sentons perdus, elle n’en finit pas de rejoindre l’horizon.

La voiture elle, se fait littéralement secouer par le vent violent qui souffle en latéral, je me répète sans cesse : ¨garde les mains sur le volant, les mains sur le volant¨ et j’imagine la scène depuis là-haut, nous sommes un tout petit point rouge sur une étendue gigantesque à bord d’une voiture minuscule et peu fiable… J’aurais préféré une bonne Toyota pour le coup ! Brrr, ça me fait un peu froid dans le dos quand j’y pense, mais c’est aussi ça l’aventure 😉 Je prie quand même pour que nous n’ayons pas de panne, car nous n’avons aucun moyen de communication, aucune onde ne passe et les voitures que l’on croise se font très rares par ici.

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A mi-chemin nous décidons de faire un petit pique-nique, il est 12h30 les enfants ont faim. Nous cherchons un arbre pour nous abriter, mais il n’y en a pas, aucune ombre possible et le soleil ici est … extrême, il vous brûle car la couche d’ozone est très fine. Bon… pas le choix donc, nous nous arrêtons en bord de route en nous disant que l’herbe fera l’affaire pour nous poser et tant pis, on mettra nos casquettes et de la crème solaire indice 80. La voiture s’arrête, à ce moment-là Jade ouvre la porte et celle-ci manque de peu de se plier tellement le vent est violent ! Nous sortons de la voiture et devons nous pencher en avant pour pouvoir marcher, c’est impressionnant ! Un peu plus loin nous allons explorer les touffes d’herbes sèches et rondouillardes comme des coussins moelleux, elles nous invitent à nous y lover pour un bon pique-nique. Oups ! Nous sommes rapidement rappelés à l’ordre par des centaines de pics qui viennent nous rentrer dans la peau de nos chevilles. Retour à la voiture, nous y serons finalement très ben pour notre déjeuner… 😉 Ce monde n’est décidément pas fait pour que accueillir aisément les humains, seuls les guanacos que nous croisons au loin (sorte de lamas), paraissent s’adapter à cette terre de l’extrême.

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DSC06073Tapis rouge pour notre entrée au Chili !DSC06068

Puerto Natales, petite bourgade au bord d’un lac où les maisons ont les toits verts, rouges, jaunes, on a un peu l’impression d’être dans un film de Sergio Leone : ¨Hey Gringo ! Quien eres tu ? De donde vienes ? ¨ Au pied du village un lac est en furie, l’écume de ses vagues s’envole et embrume l’air pendant que des cygnes blancs à cols noirs flottent nonchalamment sur ses eaux. L’arrière-plan de la scène est sublime, on peut y apercevoir quelques montagnes enneigées qui se dressent tels des mastodontes entre les nuages, c’est vers là bas que nous irons le lendemain, dans le parc naturel Torres del Paine. La nature est hostile certes mais les paysages sont d’une beauté brute difficilement descriptible.

Nous passerons une journée dans cette agréable petite ville à nous promener dans les ruelles, faire du karting à pédales pour les enfants, et en profitons pour grimper en haut du « Cerro Dorotea », une petite montagne présageant un beau point de vue sur la ville et le fjord.

Le lendemain, nous voilà de nouveau sur la route, direction le Parc naturel Torres del Paine. Départ sous la pluie, 3 heures et demi de slalom entre les nids de poule, la chaussée est en piteuse état et les pièges sur le bitume me demandent une attention particulière, il faut être prudent pour ne rien casser. Arrivés au parc, nous nous acquittons de la modique somme de 80€, cela faisait un bon moment que nous n’avions pas payé pour visiter un parc naturel. Bon, je me dis qu’au moins la route devrait être en meilleur état maintenant et que le parc est aménagé. Pauvre fou ! Le bitume se change soudainement en gravier et là je commence à maudire un peu ces pays où notre argent passe… on ne sait où ! Quelle est la logique me dis-je. Les routes bitumées du pays sont gratuites et celles des parcs, payantes, sont défoncées ! Bon, passons…

Notre Ferra-Fiat, comme nous l’avons rebaptisée, n’en demandait pas autant ! Elle se transforme malgré elle en 4×4 et vaille que vaille, la voilà lancée sur le chemin. La route est en taule ondulée, la voiture souffre, elle couine de douleur et ses ossements résonnent à l’intérieur, ça claque, ça vibre et je me dis que l’on risque à tout moment de rompre une suspension, ce qui pourrait nous couter cher car les réparations sont à notre compte. Eh oui, ici, seules les assurances au tiers existent, cela permet de faire payer l’entretien et les réparations aux touristes, pas folle la guêpe !

Les paysages sont à couper le souffle et à classer dans nos plus belles découvertes. Vallons, lacs, montagnes enneigées et glaciers nous accompagnent tout du long. Les couleurs aussi sont sublimes. Il pleut, il fait sombre et la nature prend des teintes d’apocalypse, les lacs plus clairs que le ciel viennent éclaircir, le paysage d’un vert laiteux, ou d’un bleu sombre, nous sommes sous le charme de la Patagonie. Quelle merveille ! Plus loin, la lumière viendra percer les nuages et les rondes collines revêtiront une robe dorée. Notre appareil photo joue les mitrailleuses. Notre route croise celle de nombreux guanacos, de moutons guidés par les « gauchos » et celle d’un renard!

Les Torres del Paine apparaissent enfin devant nous, elles sont magnifiques ! Ce sont des montagnes jeunes, leurs pics dessinent de la dentelle sur les sommets et se dressent fièrement comme des portes drapeaux d’une région qui sans aucun doute, figure parmi les plus belles de la terre. On se sent tout petit à côté de ces reines de beauté. Nous continuons notre chemin jusqu’au terminus et démarrons une randonnée de 2 heures où, paraît-il, nous pouvons apercevoir un glacier : Le Grey.

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Sur notre parcours nous traversons un lac gris laiteux qui borde un petit banc de sable et au bout de quelques mètres quelques icebergs viennent égailler notre promenade avec leur bleu étonnamment bleu ! Cette couleur est apparemment due à une eau très pure et un phénomène compliqué de compression et de bulles d’air dont je me garderai de faire une explication détaillée ici. Sur l’esplanade de l’arrivée, nous croisons des gens qui nous avertissent de bien tenir les enfants car le vent peut les emporter ! Oh ! Sont pas un peu marseillais ceux-là me dis-je. 😉 Mais effectivement à l’arrivée nous n’oublierons pas de les tenir par la main, le vent est incroyablement fort, il souffle autour de 200km/h je pense. Je n’ai pour ma part jamais vécu de vent aussi fort, c’est impressionnant ! Il est de face et nous empêche pratiquement de regarder devant nous tellement il nous trouble la vue. C’est dommage, il y a le glacier au loin qui nous fait signe…

Le soir venu, nous rejoindrons notre Estancia perdue dans la pampa avec une vue imprenable sur les 3 pics del Torres del Paine et la vallée alentour. On se sent bien et pour couronner le tout, nous rencontrerons 2 couples de français à notre table avec qui nous passerons une très bonne soirée.

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Le lendemain, après les devoirs (oui, il faut bien qu’on montre qu’on est des parents modèles quand même 😉 ), nous filons retrouver une famille fort sympathique que nous avions rencontrée à Puerto Natales (Arnaud, Emilie, Alice et Charles). Nous déciderons ensemble de faire une petite randonnée autour pour se rapprocher d’une cascade (salto grande) et des cuernos (nom donné aux montagnes qui font penser à des cornes). Superbe balade durant laquelle il faut bien se tenir, et agripper les enfants. Ici, le vent souffle trèèèès fort!

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Nous croisons en chemin un tatou.

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Aurevoir les copains, on se revoit à Puerto Natales et au revoir les Torres del Paine !

Nous continuons notre aventure en Patagonie un peu plus loin. Demain nous irons voir les pingouins sur une île au large de Punta Arenas.

A très bientôt.

13 réflexions sur “Patagonie, Torres del Paine.

  1. Patoche dit :

    Encore des paysages somptueux ! Et bien mérités : vous êtes de vrais aventuriers !!
    Et les textes sont vraiment de qualité Pierre ; vous pourrez éditer vos aventures à votre retour 😉 Encore merci de nous faire profiter de ces beautés du bout du monde; Bisous à vous 4

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  2. Thomas JOUGLAIN dit :

    « Ruta del fin del Mundo » ouaaahhhh !!!!!
    Décidément et définitivement , c’est là bas ou je veux effectuer  » mon » voyage !
    Merci de décrire avec autant d’intensité les ingrédients indispensables pour réaliser « le » voyage. On ressent parfaitement le coté extrême de cette contrée par vos photos et vos mots et qui aiguise en profondeur vos émotions et vos sentiments.
    J’avais lu comme quoi la Patagonie ne pouvait que nous « révéler »….je vous envie !
    Un autre merci de me conforter afin que je puisse enfin avoir ma révélation.
    Bise à toute la petite tribu
    Thomas

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  3. Romeo Laure dit :

    Vous nous donnez des frissons ! En lisant les mots on ressent le mistral puissance mille !!! Terre inconnue et si grandiose ça vaut le détour !
    Superbe et encore merci !
    Gros bisous 😘

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